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L'arithmomètre Thomas |
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L’Arithmomètre Thomas :
l'épopée d'un siècle |
En 2020, dans 14 ans, nous serons peut-être tous là, ensemble, à fêter le bicentenaire de la première machine à calculer commercialisée au monde : l’arithmomètre de Thomas de Colmar !
En cette aube du 19ème siècle, on est passé d’une révolution à une autre ! (La révolution
industrielle).
Et puis ! Et puis ! Plus rien jusqu’en 1844 !! Date à laquelle il
est fait mention de l’arithmomètre Thomas à l’Exposition Nationale
de Paris. Quoiqu’il en soit, ce milieu de siècle marque véritablement le début de l’aventure « technico-commerciale » de l’arithmomètre.
La mise au point semblait difficile, mais finalement, en juillet 1848, la machine sort des ateliers ! Nombre d’entre vous connaissent cette superbe machine qui fut vendue chez Christie’s en 1996 pour un peu plus de 150 000 euros …. Le brevet de cette machine ne sera déposé qu’un an plus tard, en 1849 !2 Récemment découvert, on peut, sans crainte, dire que c’est plus qu’un brevet ! C’est d’abord le témoignage d’un homme passionné ! Il y parle de ses relations avec Piolaine, qu’il alla même rechercher en Angleterre, à ses frais, pour que celui-ci termine la mise au point de la machine. Il y décrit des projets fous d’arithmomètres sans cylindres cannelés et sans curseurs, ainsi que de petites additionneuses, toutes simples.3 C’est aussi la marque d’un homme sentant poindre la concurrence ! Je pense notamment à la machine de Maurel et Jayet,4 capable d’effectuer des multiplications directes, et qui fit sensation à l’Académie des Sciences en 1849. Je pense aussi à la machine du polonais Staffel, médaillé à l’Exposition universelle de Londres en 1851. Que serait-il advenu de l’arithmomètre, si les sommes dépensées pour parfaire l’arithmaurel avaient été du même ordre que celles dépensées par Thomas ? …. Car si c’était sa passion, son immense fortune le mettait à l’abri !
Je cite : « … Pour commencer votre
apprentissage, vous serez attaché à la machine N° 4. Michel se
retourna et aperçut la machine N° 4. C’était un appareil à calculer.
Il y avait loin du temps où Pascal construisait un instrument de
cette sorte, dont la conception parut si merveilleuse alors. Depuis
cette époque, l’architecte Stanhope, Thomas de Colmar, Maurel et
Jayet, apportèrent d’heureuses modifications à ce genre d’appareils.
La maison Casmondage possédait de véritables chefs-d’œuvre ; ses
instruments ressemblaient, en effet, à de vastes pianos ; en
pressant les touches d’un clavier, on obtenait instantanément des
totaux, des restes, des produits, des quotients …..on le voit, il
entrait dans une maison de banque qui appelait à son aide et
adoptait toutes les ressources de la mécanique. D’ailleurs, à cette
époque, l’abondance des affaires, la multiplicité des
correspondances, donna aux simples fournitures de bureau une
importance extraordinaire. » On voit apparaître les premiers
numéros de série 7, les premières
notices d’utilisation ; Autant de signes révélateurs d’une phase de
commercialisation.
Au nombre des améliorations techniques qui méritent d’être retenues, on citera :
L’adjonction, vers 1852, d’un dispositif en croix de
Malte pour éviter les rebonds intempestifs dus à l’inertie des
pièces en mouvement. 8 La mise en place, dès 1858, d’un compteur avec des lucarnes, affichant le nombre de tours effectués par la manivelle (Multiplicateur ou Quotient). 2
Le perfectionnement des dispositifs effaceurs, avec
mécanisme à ressort.
Ah ! Le mécanisme de retenue ! La bête noire de nos inventeurs ! Transmettre cette maudite unité à l’ordre décimal supérieur fit couler beaucoup de sueur et surtout beaucoup d’or ! Quand on sait par exemple que Leibniz dépensa 10 000 florins pour construire une machine imparfaite ! Cela laisse pantois !
L’arithmomètre Thomas n’a pas
échappé à ces difficultés, et il fallut attendre les années
1850-1860 pour qu’enfin un système véritablement fiable soit mis au
point. Le mécanisme décrit dans le brevet de 1865 restera d’ailleurs
la référence pendant près de 50 ans encore ! (Théorème de Thomas ) Pour résumer le principe de la
retenue chez Thomas, et son évolution, voici un théorème qu’il
aurait bien pu écrire : « A, en agissant sur B, va, par poussée, échappement ou translation, déplacer C, qui va engrener avec D et transmettre une unité à l’ordre décimal supérieur. En fin de cycle, X, permet à C de revenir
en position initiale ». Explication : La pièce A est placée sous le totalisateur ; Ce peut-être une cheville ou une came d’acier par exemple. Au passage de la dizaine, elle va agir sur un arbre ou un levier et provoquer le déplacement d’une roue ou d’une dent. Cette roue ou cette dent va venir engrener momentanément avec un pignon, le temps de transmettre une unité à l’ordre décimal supérieur, c'est-à-dire au totalisateur de gauche. En fin de rotation, tous les éléments reviennent à leur état initial. Mode d’emploi de l’arithmomètre ! L’appareil comporte une partie fixe et une partie mobile. Sur le couvercle de la platine fixe, un jeu de boutons (curseurs) se déplace le long de graduations (0 à 9). Ils servent à inscrire les chiffres du multiplicande et déplacent des pignons engrenant sur des tambours à dents inégales (sous le couvercle). Le multiplicande étant posé, on tourne la manivelle : la valeur du multiplicande est ajoutée au totalisateur. En déplaçant d’un pas ou de deux pas le chariot, il sera ainsi possible, par un tour de manivelle, de multiplier par 10 ou 100 la valeur du multiplicande.
Si, par exemple on multiplie 547 par 97, au lieu de tourner la manivelle 97 fois ! Voici comment faire : Après avoir posé le
multiplicande 547, on déplace le chariot de 2 pas vers la droite,
puis on tourne 1 fois la manivelle. On aura ainsi le résultat 53 059 en 4 coups de manivelle ! Bon ! c'était un exemple simple ... 10
A la mort de Thomas en 1870,
plus de 500 arithmomètres étaient sortis des ateliers du 13 rue du
Helder, puis du 44 rue de Châteaudun, à Paris. En France comme à l’étranger, les principaux utilisateurs sont les administrations, les compagnies d’assurance, les banques, les laboratoires ! Un opérateur entraîné peut exécuter une multiplication de 16 chiffres par 8 chiffres en moins de 30 secondes et l’extraction d’une racine carrée de 16 chiffres en un peu plus d’une minute ! Mais cette fin de siècle
commence à être difficile pour l’arithmomètre … désormais PAYEN, car
de nouvelles machines arrivent sur le marché ! Les machines à Système Odhner, les machines à touches (Felt & Tarrant), et les multiplicatrices directes comme la Millionaire de Steiger, connaîtront elles aussi leurs heures de gloire.
Payen devra désormais se partager la part du gâteau avec ses concurrents. L’arithmomètre reste néanmoins une valeur sûre, et l’abondance de prix aux expositions universelles en témoigne : Médaille d’or à Paris en 1889, en 1900, par exemple, ce n’est pas rien ! A la mort de Payen vers 1902, sa femme Léontine reprend le flambeau et dépose même un brevet en 1907.13 Ce dernier modèle, « à tirettes », sera construit par Darras jusque dans les années 1914-18, avant de s’éteindre, victime de la concurrence. Mais revenons 100 ans en arrière, aux sources de l’invention. De 1809 à 1813, Thomas gère
l’approvisionnement en vivres des armées françaises opérant en
Espagne et au Portugal. * Petite anecdote, savez-vous
pourquoi Thomas de Colmar donna le nom Aigle à sa compagnie
d’assurances ? Bref, l’idée suit son cours puisqu’en 1820 un brevet est déposé.
« En mettant en œuvre, sous une forme nouvelle, certains organes antérieurement connus, combinés à d’autres, nouveaux, il est parvenu à établir une machine excellente au point de vue pratique, ce à quoi nul n’avait réussi avant lui .. » On s’est toujours demandé si
Thomas avait eu connaissance de la machine de Leibniz, à qui il
emprunte tout de même trois éléments majeurs :
On ne rentrera pas dans le débat ici …. L’étude approfondie du brevet de 1820 nous a permis, avec Michel Bardel, de mettre en évidence un certain nombre d’incohérences. Nous avons rapidement démontré qu’une machine construite en suivant aveuglément ce brevet ne pouvait fonctionner. Il s’en est suivi un certain nombre de questions : Thomas a-t-il délibérément introduit des erreurs dans son brevet pour tromper une éventuelle concurrence ? Ces erreurs sont-elles le fait du rédacteur ou du dessinateur du brevet ? Thomas a-t-il commis des erreurs de conception ? C’est pour tenter de répondre à ces questions que nous avons entrepris d’apporter quelques corrections au brevet de 1820. Sans toucher à l’esprit même de la machine, nous avons recherché les modifications, les moins intrusives possibles, qui suffisent à la rendre viable !
Trop souvent confondue avec le
modèle de 1822, dont un exemplaire est conservé au Smithsonian
Institute de Washington (NMAH), le moment est venu de lui redonner
la place d’honneur qui lui est due ! La machine de 1820 a-t-elle été construite ? Deux hypothèses s’offrent à nous : Celle-ci n’a jamais vu le jour, car les plans révèlent de nombreuses incohérences et rendent la machine nconstructible. Une machine « primitive » a été construite ! Le
rapport fait par Mr Francoeur,16 en Février 1822 va dans ce sens : « …il [Thomas] a même successivement employé et abandonné plusieurs mécanismes qui ne remplissaient pas assez bien leur objet, avant de s’arrêter à celui qu’on voit dans la machine pour laquelle il sollicite le suffrage de la Société d’Encouragement ». On peut aussi se poser une question : -Si Thomas n’a jamais construit de machine primitive, d’où viennent ces plans ? A-t-il par sa simple imagination dessiné une roue multiplicatrice, et conçu un système de retenue, imparfait certes, mais novateur ! Et qui préfigure ce que sera le système de retenue de ses futurs arithmomètres ?
J’ai envie d’y croire ! Mais nous n’en saurons sans doute jamais plus …. ! Quoiqu’il en soit ! Notre passion s’est muée en mission : Redonner vie à ce fantôme mécanique
C’est un projet qui a plusieurs ambitions :
1. Valider les idées
originales du brevet de 1820. 2. Comprendre où en
était réellement Thomas dans ses réflexions et ses connaissances au
moment où il a rédigé son brevet. 3. Imaginer ce que furent les étapes de construction de l’arithmomètre, et mieux comprendre pourquoi son dessin a changé. 4. Utiliser la
modélisation informatique pour ne pas avoir à fabriquer un prototype
qui ne fonctionnerait pas. 5. Comprendre l’état de la
mécanique en 1820, et les moyens disponibles pour usiner et
construire. Notre projet pourrait être aussi l’occasion d’accéder au prototype de 1822 qui est jalousement gardé par le Smithsonnian Institute de Washington ! 6. Construire une machine fonctionnelle. La réalisation d’un prototype fonctionnel devrait passionner beaucoup de monde. La reproduction en de multiples exemplaires pourrait constituer un objectif en soi. On sait que les collectionneurs et les musées sont friands de bonnes reproductions fonctionnelles de modèles disparus. En conclusion, ce projet présente un intérêt :
• Pour les historiens des Sciences & Techniques • Pour les historiens de l’assurance • Pour les étudiants en mécanique • Pour les étudiants en conception mécanique, modélisation, CAO • Pour les étudiants en technologie, usinage, montage • Pour les conservateurs de musées • Pour les collectionneurs • Pour les curieux et amoureux des beaux objets du passé • Pour les mécaniciens, éditeurs de logiciels, professeurs, qui pourront attacher leur nom à cette réalisation • Pour la France, l’Alsace, la ville de Colmar, la ville de Paris, les descendants de Thomas, les amis de l’arithmomètre, qui verront tous dans ce projet la mise en valeur d’une histoire et d’un patrimoine cher à leur coeur. • Pour tous les autres
Cela reste encore un chemin de croix !
Voici en quelques points ce qu’il nous reste à faire.
A) Modélisation 3D Aujourd’hui, on construit
rarement une machine sans en avoir au préalable validé le bon
fonctionnement dans un environnement virtuel. Pour des raisons de
coût, d’une part, il serait insensé de construire un prototype qui
ne marche pas ! • De puissants logiciels existent sur le marché, comme Solidworks, Catia, Pro/Engineer Le projet
avance sur ce point. Mark Glusker, de San Carlos, en
Californie, nous apporte aujourd’hui son aide. Il est ingénieur en
mécanique et travaille depuis 12 ans sur Pro/Engineer.
B) Soutien du projet Pour soutenir le projet de modélisation et de construction de l’arithmomètre, nous allons créer une association : « Les amis de l’arithmomètre ». C’est sous sa bonne étoile que le projet évoluera. Les membres pourront participer au projet en y apportant un soutien moral, une aide technique ou financière.
C) Recherche de partenariats
La construction de la machine passe inévitablement par la recherche de partenariats. Il s’agit d’une part de dessiner et modéliser la machine et d’autre part d’en financer la construction.
D) Construction & Commercialisation
Afin de diminuer les coûts de fabrication, il n’est pas exclu d’en construire plusieurs exemplaires, considérant que des musées ou des collectionneurs privés pourraient souhaiter en posséder un exemplaire.
Souhaitons-nous bon courage !!!!
* Conférence du 30 Septembre 2006 à Wasselonne |
www.arithmometre.org
2007